Phrase envolée


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Orphée et Eurydice d'après Corot (1861)

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« Nul n’a jamais écrit ou peint, sculpté, modelé, construit, inventé, que pour sortir en fait de l’enfer. »
 
[ Antonin Artaud ]




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Mercredi 30 juin 2010 3 30 /06 /Juin /2010 18:42

Cela fait pourtant quelques temps que cette nouvelle est achevée. Sans trop savoir pourquoi, je ne l'ai fait lire qu'à un petit nombre de personnes. Il est temps à présent que mes mots prennent leur envol, tout comme une enfant adorable d'une certaine histoire...

J'espère que vous prendrez autant de plaisir à lire cette nouvelle que moi à l'écrire. C'est la première fois que je m'essaie à un style plus simple, plus épuré. Bon enfant, même, diraient certains. Et ce n'est pas plus mal. Restons enfants !



 

The Albatros by Adufazul

The Albatros, by Adufazul, on DeviantArt.




L'Envol du Grand Oiseau Blanc.

 

 

 

À tous ceux qui ne vivent que pour leurs rêves.





    Depuis toujours, le vent chante à l'unisson des oiseaux allègres, et peuple les oreilles des hommes fatigués. Sans jamais se lasser, il murmure ces mots si tristes qu'ils font frémir les arbres et pleurer les pierres.
    Ces mots qui nous racontent l'histoire oubliée de la Dame du Vent.

    Elle commence il y a bien longtemps, avant les premières machines,  avant les premiers royaumes, avant même les premières lois. Alors, tout était paisible. Les hommes vivaient simplement, mangeaient à leur faim et buvaient à leur soif. Personne n'était plus riche que son voisin, car tous possédaient la même terre. Tous étaient libres.
    Un regard, un sourire. Cela suffit quelques fois. Entre Sahouko et Kamori naquit immédiatement un amour éternel. Comme la tradition l'exigeait pour les nouveaux couples, il leur fut donné un foyer, pour qu'ils puissent fonder une famille large et heureuse, et un champ, pour que leur sort ne dépende que d'eux-même.
    Rendue fertile par le travail patient des deux amants, la terre leur offrit tout ce dont ils avaient besoin pour vivre. Elle ne demandait en échange qu'un peu d'amour et d'eau fraîche. Un beau jour, la tendresse attentionnée que Sahouko et Kamori vouaient à leur terre porta ses fruits : du sol poussa une unique rose, de la taille d'un homme. Un bouton de rose écarlate, qui sentait la vie et le soleil. La terre venait d'enfanter.
    Les amants prirent soin de cette fleur plus encore que de leur terre, comme s'il s'était agit du bien le plus précieux et le plus fragile qui soit. Ils la caressaient avec tendresse, l'arrosaient d'une eau cristalline, et lui contaient des histoires merveilleuses pendant des jours entiers, sans jamais se lasser. Enfin, la rose finit par éclore. Un à un, ses pétales tombèrent sur le sol, découvrant un enfant gorgé de soleil.
    Une petite fille.
    Sahouko et Kamori versèrent des larmes de joie et de reconnaissance pour cette terre qui leur avait tout donné. Avec une douceur infinie, ils placèrent l'enfant dans les bras tendus de Sahouko, qui se refermèrent délicatement pour former le plus douillets des nids. Délivrée de son précieux présent, la fleur gisait inerte sur le sol marron, et ressemblait à un immense cordon ombilical. Kamori se saisit d'un des immenses pétales écarlates et en drapa sa fille.
    Puis il déposa un baiser sur son front :
    « Tu t'appelleras Korâ, car tu es aussi belle que l'éternité du soleil, lui murmura-t-il »

    La jeune Korâ grandit donc dans cet univers heureux, continuellement aspergée par les rayons d'or d'un astre chaleureux. Son occupation favorite consistait à s'asseoir sur un petit carré d'herbe verte et moelleuse et regarder voler les oiseaux hauts dans le ciel azur. Ce qu'elle aurait aimé voler ! Être si loin dans le ciel que la maison ne lui semblerait pas plus grosse qu'un grain de poussière. Pouvoir toucher la soie infiniment douce des nuages aussi blancs que le lait. Sentir un air frai et pur agiter ses cheveux, et virevolter telle une hirondelle.
    Parfois, Kamori emmenait sa fille pour de longues promenades, pendant lesquelles il lui racontait l'histoire tranquille du monde où ils vivaient, telle que la lui avait racontée son père. Un jour, alors qu'ils avançaient au hasard de leurs pas,  ils longèrent un lieu sinistre, à la terre noirâtre et carbonisée, piquetée de tâches blanches – du sel. Les ruines à moitié effondrées d'une ancienne habitation se dressaient dans un coin de ce rectangle désolé, peuplé seulement par quelques corbeaux criards et des ombres squelettiques. Cet endroit empestait la mort et les larmes d'une terre violée.
    Korâ était très inquiète. Elle n'avait jamais vu tel spectacle de désolation.
    « Pourquoi la terre est-elle si sombre soudain ? Pourquoi semble-t-elle si triste ? demanda-t-elle en resserrant l'étreinte de sa petite main sur celle de son père. »
    Le regard de Kamori se perdit dans l'abîme calciné du champ, et sembla se voiler d'une immense tristesse. Après quelques instants, il prit la parole.
    « Vois-tu, parfois, les gens oublient d'où ils viennent, ce qu'ils sont, et surtout, ils oublient à qui ils doivent tout. L'histoire de cette terre est aussi vieille que célèbre. Mon père me l'a racontée pour me mettre en garde, tout comme son propre père la lui avait racontée. Maintenant, c'est mon tour. 
    « Il y a très longtemps de cela, une grande famille vivait ici. Une famille tout à fait respectable. Inops était leur nom. Mais un jour, après un hiver particulièrement long et rude, il se retrouvèrent sans rien. Cette année là, ils faillirent mourir de faim. L'année suivante, ils se mirent à demander un peu plus à leur terre, par sécurité. Et ils firent de même l'année d'après, et encore, et encore. Ils avaient perdu confiance en leur terre, et préféraient amasser de la nourriture, plutôt de devoir souffrir une nouvelle fois les affres terribles de la faim.
    « Mais un beau jour, ils se rendirent compte qu'ils ne pourraient jamais venir à bout de la quantité monumentale de nourriture entreposée dans leur maison. Voir pourrir ce qu'ils avaient eut tant de mal à arracher à la terre les rendait malade, aussi décidèrent-ils de le distribuer aux autres familles. Chacun pouvait venir piocher à son gré dans la montagne de vivres et améliorer ainsi quelque peu son ordinaire. Souvent, ils apportaient un petit quelque chose en échange : celui qui savait sculpter offrait une poupée en bois pour la plus jeune des filles, et celui qui savait tisser offrait un vêtement chaud pour l'hiver. Bientôt, cette habitude devint une coutume, et la coutume devint obligatoire.
    « Un beau jour, un homme apporta comme présent un simple caillou. Il n'était ni très gros, ni très utile, mais était extrêmement lourd, et brillait comme un morceau de soleil.  C'était, disait-il, un  des nombreux cailloux qui affleuraient à la surface de son champ. La Mère de cette famille trouva la pierre si jolie, que tous les autres présents qui lui avaient été offert perdirent soudain leur valeur à ses yeux. Elle exigea que l'homme lui rapporte d'autres de ces fragments d'étoiles. L'homme s'exécuta, trop heureux d'être dispensé de son labeur quotidien. Il lui suffisait de se baisser pour ramasser quelques cailloux brillants, et il pourrait manger autant qu'il le souhaitait !
    « Peu à peu, les réserves, pourtant immenses, de la famille Inops diminuèrent, et finirent par être totalement épuisées. Cependant, la femme aimait tellement les cailloux brillant qu'il lui semblait n'en avoir jamais assez. Aussi, elle convainquit son mari de demander un peu plus à la terre, uniquement pour posséder un excédent susceptible d'être échangé contre les pierres. Le mari aimait sa femme, et avait pleine confiance en elle. Aussi s'exécuta-t-il.
    « Ainsi, une nouvelle fois, il exigea plus de sa terre. Et chaque année, sur les réclamations pressantes de sa femme, il lui demandait plus que l'an passé. Un jour, il en demanda trop.
    « Le sol vomit des torrent de sel, qui tuèrent tout ce qui vivait sur sa terre : les plantes tout d'abord, les animaux ensuite, n'ayant plus rien à manger. Bientôt, les Inops souffrirent de la faim, à nouveau. Une faim terrible, dévorante, plus atroce que tout ce qu'ils avaient jamais enduré. Ils réalisèrent alors que les cailloux aussi beaux que le soleil ne se mangeaient pas.
    « Il tentèrent d'échanger les nombreuses pierres accumulées contre un peu de nourriture, en attendant que tout trace de sel quitte leur champ. Cela dura quelque temps, et tous étaient ravis de posséder à leur tour ces cailloux étincelants. Mais peu à peu, leur générosité se transforma en méfiance. Le mauvais œil semblait planer au dessus de cette famille. Une à une, les portes se fermèrent.
    « Jusqu'au bout, ils tentèrent d'arracher leur subsistance de leur terre, mais leur sol était bien trop fatigué. Leur terre était morte. Eux aussi, finirent par mourir. »
    Kamori se tut quelques instants, et laissa son regard errer sur cette terre assassinée pour quelques cailloux brillants. Une tristesse mélancolique l'envahit.
    « Tu vois ? La terre était si épuisée que toujours rien ne pousse ici, et pourtant cette histoire était déjà très vieille du temps du père de mon père. »
    La fillette resta pensive un instant, ses grands yeux dorés fixés sur le sol mort. Elle se pencha, et saisit dans sa main une pierre peuplée de mille reflets dorés.
    « C'est pour des cailloux comme ça que leur terre est morte ?
    – Oui, pour des cailloux comme ça.
    – C'est vrai qu'ils sont très jolis. Regarde, on dirait que je tiens dans ma main un morceau du soleil !
    – Serais-tu prête à échanger contre ce simple caillou ton carré d'herbe verte et moelleuse ? Échangerais-tu contre une pierre notre terre couleur de limon ? »
    La petite leva vers son père des yeux terrifiés :
    « Contre mon petit morceau d'herbe ? Jamais ! »
    Et elle balança la pierre de toutes ses forces. 

    La petite fille ne fut plus jamais vraiment la même après cet épisode. Une part de sa confiance aveugle en l'avenir avait été détruite, carbonisée comme le sol noirâtre de la propriété des Inops. Elle commençait à comprendre la relation fusionnelle qui liait les hommes à leur terre, un lien si puissant que le rompre signifiait la mort des deux parties.
    Dorénavant, elle regardait la terre comme une enfant regarde sa mère : avec amour et reconnaissance, mais aussi avec crainte et respect. Tout comme Sahouko, elle prit l'habitude de parler aux plantes et aux animaux. Elle leur racontait avec sa petite voix d'enfant des histoires sans fin, des histoires où un oiseau gigantesque viendrait la chercher, et où elle s'envolerait pour l'éternité du ciel d'azur.
    Ce rêve fou occupait une place grandissante dans leur cœur de la fillette. Chaque jour, il prenait un peu plus d'espace, et beau matin, il n'y eut plus que lui. Tôt dans la matinée, parfois alors même que le soleil n'était pas encore levé, elle s'asseyait sur son carré de mousse verte, et fixait le ciel de ses grands yeux mordorés, intensément.
    Elle restait ainsi pendant des heures, immobile statue, à dévisager l'infini bleuté. Quelle joie ce devait être de sentir l'air battre doucement son visage. Qu'il devait être doux de dormir dans le duvet moelleux des nuages, à côté duquel le plus épais des carrés d'herbe aurait semblé aussi confortable qu'un lit de cailloux pointus. Que le paysage devait être beau, vu de si haut qu'une maison ne serait pas plus grande que son pouce.
    Si haut que personne n'avait jamais osé imaginer voler.
    Un jour, voyant passer un groupe d'oiseau, elle ne put s'empêcher de murmurer.
    « Je vous en supplie, emmenez moi avec vous... »
    Puis, elle retourna à son mutisme obstiné, et se mit à fixer avec plus d'ardeur encore le ciel désespérément lointain.
    Ce ne fut tout d'abord qu'un minuscule point dans le ciel, à peine plus gros que la moitié de son pouce. Mais ce point se mit à enfler, démesurément. Il atteignit rapidement la taille d'un petit chat, puis d'un enfant, puis d'un homme fait, puis la taille d'une vache. Et toujours, il continuait de grossir. Lorsque l'oiseau majestueux se posa, il était plus grand qu'une maison.
    « Ainsi c'est toi qui préférait voler une seule seconde et périr aussitôt plutôt que de passer une vie entière clouée au sol ?
    – Oui, répondit Korâ d'une voix intimidée.
    – Je suis le Grand Albatros, Seigneur de tous les Cieux. Allons ! Que l'illusion de ton rêve soit plus palpable que la certitude de la réalité. »
    Korâ s'approcha lentement du cou du Grand Albatros, aussi blanc que la froide neige d'hiver.   Elle déposa doucement sa main sur le duvet arachnéen de l'oiseau, pleine de crainte et de respect. Il était plus doux et plus soyeux que tout ce qui lui avait jamais été permis de toucher. Même les pétales de la rose qui l'avaient vue naître semblaient rêches et grossiers en comparaison. L'oiseau était aussi délicat qu'un nuage. La petite fille n'osait plus bouger, paralysée par la peur et le respect en face de cet oiseau magnifique.
    « Aurais-tu peur ? N'est-ce pourtant pas ton rêve de fendre les cieux ? N'est-ce pas ce pourquoi je suis là ? »
    La voix de l'Albatros vainquit les dernières hésitations de la jeune fille. Elle escalada prestement la petite montagne de plumes, et se retrouva entre les deux ailes immenses de l'oiseau.  Elle s'assit, et sourit. À cet instant précis, son visage devint aussi lumineux que le plumage de l'Albatros. Du bout des doigts, elle caressait l'infinie douceur de son rêve.
    Au loin, elle crut apercevoir la silhouette de sa mère qui lui souriait. Elle était heureuse.
    « Adieu, murmura-t-elle. »
    Et le grand oiseau blanc s'envola dans un grondement de tonnerre, d'un coup de ses ailes sublimes.

    À genoux, les poings profondément enfouis dans la terre, Sahouko gisait, brisée. Elle ne s'était absentée qu'un instant, mais ces quelques secondes, infimes, avaient suffi à lui ravir, sans pitié, l'enfant qu'elle aimait, tant et tant. Disparue, emportée à tout jamais par un dragon difforme, aux écailles noires,  à la gueule, béante, pourvue de dents hideuses, des scies, et aux orbites vides.
    Pour Sahouko, la vie perdit brusquement tout attrait. Le soleil illuminant son existence lui avait été ravi, et toutes les couleurs avec. Tout était gris. Morne. Triste. Sahouko n'était plus que l'ombre d'elle-même. Elle avait le teint terne, le visage creusé et couleur de cendre, et l'étincelle de joie dans ses yeux était éteinte, noyée par les larmes. Des larmes, Sahouko en versa des océans entiers. Mais bientôt, elles aussi devaient tarir, et il ne resta plus rien. Sahouko était devenue une ombre, froide, noire, morte.
    Avant de disparaître à son tour, elle adressa une ultime supplique :
    « Je vous implore, forces de la Nature. Écoutez ma douleur. Écoutez la souffrance d'une mère ! Je meurs brisée, mais permettez à mon dernier souffle d'accompagner ma fille éternellement, et que mon murmure habite ses cheveux jusqu'à la fin des temps. Ma fille... »

    Les Anciens racontent que Sahouko fut entendue, et que c'est depuis ce temps que le vent souffle sur la terre. C'est le dernier soupir de Sahouko, qui accompagne le sourire radieux de sa fille pour la nuit des temps.




Le 8 Mai 2010.
Florian P.

Par A. Öz Aru - Publié dans : Nouvelles - Communauté : écriture "expérimentale"
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Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /Fév /2010 17:34

pen_by_Dm3t_7zen.jpgpen by ~Dm3t-7zen, on DeviantArt.



      Il faut bien que je vous aime, pour écrire deux articles aujourd'hui, rien que pour vous. C'est presque plus que tout ce que j'ai pu gribouiller pendant l'année dernière. Mais c'est plus fort que moi : chaque jour, il faut que je prenne la plume pour écrire quelques mots, ce qui n'est pas pour me déplaire.


      Mais là n'est pas le sujet. De toute façon, vous vous moquez bien des tourments qui peuvent hanter mes nuits, des douleurs qui peuplent mes journées. Non, ce qui vous importe, et c'est la raison pour laquelle vous venez sur ce blog (du moins je le pense), c'est de lire les quelques histoires sans prétentions que votre serviteur met à votre disposition. J'aime à penser qu'au moins un d'entre vous a déjà lu en entier attentivement l'une de mes nouvelles.
     Mais je ne me fait pas beaucoup d'illusions...
     C'est de ma faute, bien entendu, entre un style lourdaud et des scénarii bancaux, cela à de quoi en faire fuir plus d'un.

     Mais encore une fois, je m'égare (ce qui est un bien grand défaut, pour quelqu'un censé resté centré sur son idée, et la poursuivre jusqu'au bout, jusqu'au moment où elle deviendra un texte prêt à être lu). Non, ce dont je voulais vous faire part, c'est une sorte "d'avant première", un léger aperçu des histoires que vous pourrez trouver ici pendant les prochains mois.

  •       Le Bon, le Beau, le Fort et le Sot, ou l'histoire des trois Rois et demi. Sous ce titre (un peu) long, se cache une histoire toute simple, dont l'idée m'est venue en Angleterre, alors que je méditais (synonyme littéraire de "piquer un somme discrètement") dans les ruines d'un vieux château. Elle prendra la forme d'un conte, et sera de taille moyenne. Si l'idée maîtresse me semblait tout à fait ravissante en Angleterre, elle me semble d'une niaiserie incroyable revenu en France. Mais après tout, on ne peut connaître la qualité d'un texte inachevé. Peut-être se transformera-t-il en cours de route en un texte que j'oserai présenter à votre regard critique (si intimidant !). 
  •       Le Mauvais Élève. Un peu plus court, le titre. C'est vrai. Mais pas très original non plus. "Passable", quoi. Inspirée cette fois-ci par une histoire croisée sur un forum, qui m'a touché. Le récit prendra ses racines dans le lointain Japon, là où "courage" est un mot qui synonyme de "grandeur". Il faut dire que cette civilisation m'intrigue et me fascine de plus en plus, et que j'en apprécie de plus en plus la philosophie, à travers les minces aperçus que peuvent me donner mes lectures. L'histoire sera un peu plus étoffée que celle des Trois Rois et demi, et racontera les déboires cuisants d'un mauvais élève, un tantinet obstiné, qui essaiera jusqu'au bout, malgré son inaptitude flagrante à faire quoique soit de bien, de prouver à tous que lui aussi peut être un "grand".
  •       Pour la troisième et dernière histoire, dont je suis encore en train d'écrire le premier jet, l'ébauche de ce qu'elle sera plus tard, je n'ai pas encore trouvé de titre appétissant. Selon moi, tout est dans le titre. C'est lui qui accroche le lecteur, qui donne la première mesure, l'esprit qui anime votre texte, et je m'en voudrai d'en trouver un à la va-vite, sans aucune réflexion. Ce sera une longue histoire, inspirée par une artiste que j'apprécie beaucoup, Hélium Vola. Dans une de ses chansons ( Losespruch), on entend le chant d'une femme, accompagnée seulement par le chant du vent. Aussitôt, sans même comprendre les paroles, l'histoire de cette femme est née dans mon esprit. Et elle naîtra dans le votre (du moins je l'espère) une fois l'histoire achevée. Pour cette nouvelle-ci, je pense faire quelque chose de plutôt réussi et d'original, au vu des quelques pages pour l'instant écrites.


      Voilà, vous savez à quoi vous en tenir pour mes prochaines nouvelles.
      Un dernier mot, pour clore ce billet. Iris est mort. Je ne pense plus signer de ce nom mes textes. Ce pseudonyme, ce n'est plus moi. J'ai décidé de changer radicalement de style,  de rompre avec cette façon d'écrire si lourde et tarabiscotée, avec des adjectifs au kilos et des phrases à rallonge. Je tenterais de revenir à un style plus simple, plus épuré, mais sans pour autant être niais ou enfantin. Non, ce sera... différent. Des cendres d'Iris est en train de naître une nouvelle plume, déjà impatiente de prendre son envol vers l'infini bleuté des histoires qui n'ont pas encore été racontées.

(oui, alléger le style ne sera pas une mince affaire...).

      Amicalement
      Votre serviteur.

Edit: Un grand merci à Agnès pour sa relecture attentive. ;)
Par A. Öz Aru - Publié dans : Divagations diverses - Communauté : écrire c'est hurler en silence
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Jeudi 18 février 2010 4 18 /02 /Fév /2010 12:58



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Nimis Lepida.





    Elle est si belle dans sa robe blanche, étincelante de pureté. Si belle. Si calme. Si froide. À jamais distante de nous, trônant dans son lit d'ébène, elle semble accueillir l'éternité avec joie.


    Elle ressemblait à ce soleil de printemps, qui annonce la joie du renouveau, après la mort blanche hivernale. Il émanait d'elle une aura lumineuse, une pureté brute. Je n'ai jamais vraiment cru aux histoires de princes et de princesses, qui s'aiment jusqu'à la fin de leur vie, tout en gardant leur passion primitive intacte. J'avais fait de la luxure et de la dépravation ma religion, et mon culte était fait d'orgies sauvages où les chairs se mêlaient dans le brasier ardent de la volupté.
    Ma foi était absolue.
    Mais je devais finir par l'abjurer.
    Une avalanche grondante, inéluctable, rasant tout sur son passage. Voilà le sentiment qui s'empara de mon cœur lorsque je la vis pour la première fois. Moi qui n'avais jamais aimé, qui avais toujours prôné avec ferveur le libertinage, je n'étais pas habitué à cette douleur mordante et continuelle caractéristique de l'amour inassouvi. J'étais totalement démuni, et je n'en souffrais que plus. Elle était la première à pénétrer dans cet univers sauvagement défendu par une barrière d'indifférence et de cynisme, unis en une matrice égoïste, l'univers de mes nuits. Sans cesse, je tentais d'embrasser ses lèvres si rouges, si fines, si tentantes. Mais toujours elle se dérobait, et disparaissait dans une gerbe d'éclaboussures, comme seules savent disparaître les femmes qui peuplent nos rêves...
    Peu à peu, elle envahit mes journées, tout comme elle avait envahi mes nuits, impitoyablement, sans que je ne puisse lutter d'aucune sorte.


    J'errai dans les rues de la Ville, cette si grande cité peuplée de gens si affairés par des occupations si primordiales, bien trop occupés pour accorder encore la moindre attention au monde qui les entoure. Leurs moindres gestes étaient pour moi comme des gesticulations tragiques, souillures inutiles du néant, preuves irréfutables de cet égoïsme implacable moteur de notre société autodestructrice. La lassitude, la haine et le dégoût tourbillonnaient dans mon esprit comme autant de manèges infernaux qu'il m'était impossible d'arrêter.
    Je ne percevais le monde qu'à travers le prisme de ses yeux, du doux parfum que je respirais lorsque je la croisais. Je voyais défiler les visages. Tous avaient le sien. Mais aucun ne dégageait cette sensation indéfinissable qui me transperçait le cœur lorsque j'étais en face d'elle.


    Pour la première fois depuis des semaines, quelque chose parvint à me distraire de mon obsession lancinante. Une simple boutique, à l'aspect vieillot, obscure, coincée entre deux splendides magasins de vêtements de mode, apostats de la consommation effrénée et du superficialisme propres à notre civilisation. Elle dégageait une atmosphère ancienne, lourde de mystères, semblable à celle qui entoure les pyramides Égyptiennes, ou les temples Incas. Un instant, un étrange trouble envahit mon esprit : la boutique se dressait tout à coup devant moi comme une sorte de gardien ancestral, protégeant d'occultes secrets. Mon cœur se mit à battre plus vite, opprimé par une peur irraisonnée. Mais une force étrange s'insinuait dans mon esprit, et m'invitait insidieusement à pénétrer dans la boutique. Une sorte d'appel impérieux.
    Certains diraient le Destin.
    D'autres la Fatalité.
    J'approchais de la vitrine, frêle petit papillon qui ne peut lutter contre l'envie irrésistible de se brûler les ailes. Une fine couche de poussière recouvrait la majeure partie des meubles, et donnait un aspect grisâtre à tout l'intérieur.  Des bougies éclairaient la vitrine, où trônait un seul et unique objet, délicatement posé sur un coussin de velours pourpre. Une bague. Un anneau simple, sans fioritures, à peine brillant, dans lequel étaient gravés deux cercles qui s'interpénétraient, ainsi qu'une inscription latine, à l'intérieur : « Nimis Lepida ». L'appel se faisait de plus en plus fort. C'était ce bijou qui m'attirait, qui me hurlait sa volonté. Hypnotisé, j'entrais dans la boutique, docile petit pantin.
    L'intérieur était sombre, car il était éclairé de la même manière que la vitrine : quelques bougies disséminées à travers la pièce procuraient une lumière avare. L'air était lourd, parfumé à outrance. J'entendis soudain une voix excessivement rauque, semblable à un outil que l'on aurait trop utilisé :

    « Ainsi c'est vous qu'elle a choisi... Vous semblez bien jeune pourtant. Ses choix seront toujours un mystère pour moi. »

    Puis, j'entendis un pas lent et régulier, et le vieil homme à la voix éraillée émergea d'un coin sombre, où l'on pouvait deviner un comptoir. Il alla jusqu'à la vitrine, et s'empara délicatement, presque amoureusement de la bague. Il resta un moment dans cette position, pensif. Puis, comme s'il reprenait soudain conscience de mon existence, il leva la tête brusquement, et s'approcha de moi.
    De sa personne suait une atmosphère surnaturelle, dont la compréhension échappait aux simples mortels, une atmosphère semblable à celle qui entoure les géants tristes et solitaires de l'île de Pâques, monolithes érigés pour on ne sait quels Dieux disparus. Une aura ancestrale, occulte. Les ans avaient sculpté sa chair tout comme les éléments sculptent les roches, petit à petit, par assauts répétitifs qu'il est vain de repousser. Des milliers de sillons couraient sur son visage, meurtrissures inguérissables du temps. Ses yeux étaient de la même couleur que le ciel un jour d'orage. Des yeux gris. On y lisait une intelligence hors du commun, un esprit vif, fruit d'une longue expérience. Aucune lassitude ne s'y reflétait, et il semblait avoir préservé le regard innocent et curieux des enfants. Une barbe fournie lui mangeait les joues, une barbe couleur sel, hirsute, qui le faisait ressembler à un de ces hommes dont la première maîtresse est l'Océan. Ce visage dégageait une impression semblable à celle que nous pouvons éprouver en face des statues grecques : une sensation d'éternité, et de sagesse. 
    Il glissa la bague dans ma main, et les paroles qu'il prononça résonnèrent pour moi comme une prophétie :

    « Allez vous en maintenant, dit-il sans se départir de son sourire amusé, et profitez. Profitez de la vie que vous vous offrez, jeune homme, car il y aura toujours un misérable pour vous voler ce qui vous est cher...
    - Pour la bague ?
    - Vous ne me devez rien. Vous me donnez déjà bien assez en la prenant, bien plus que vous n'imaginez. »

    Puis il retourna à sa pénombre d'un pas boiteux. J'étais seul, de nouveau. Dans ma main, le métal de la bague diffusait une douce tiédeur. Je la glissais dans ma poche, et je sortis de cet étrange endroit, perplexe.
    En quelques instants, le visage de la Passion était revenu me hanter, avec plus de force encore qu'auparavant. Chaque seconde que je passais sans la voir était une souffrance atroce, comme si les Dieux avaient inventé un nouveau supplice infernal pour me châtier d'avoir trop aimé. Mon cœur battait, un bourdonnement incessant frappait mes oreilles. La folie me gagnait. L'obsession gagnait tout mon corps, à l'instar d'une terrible gangrène. Je tremblais de Passion. Dans le terrible état dans lequel j'errais, j'aurai pu vendre mon âme sans hésiter une seule seconde, pourvu que cela m'attire un de ses délicieux regards... Je sentais la faible chaleur que diffusait la bague dans ma poche, comme si elle connaissait mes tourments intérieurs, et tentait par sa présence de me rassurer, de me conseiller. Un sentiment semblable à celui qui m'avait pris en face de la boutique s'empara alors de moi. La bague semblait me parler. Elle semblait me dire : « Profite ! Ou tu porteras la masse de tes regrets sur tes épaules pour le restant de tes jours. Crois moi, ce fardeau là, bien peu d'hommes peuvent le supporter jusqu'au bout. » 


    Elle était là, en face de moi. Je sentais son odeur. Je distinguais la couleur de ses yeux. Ils étaient noisettes. Je me mettais à genoux, non pas parce que les circonstances l'exigeaient, mais parce que je ne pouvais plus endurer sa beauté éclatante, brutale, qui éclaboussait violemment tout ce qui l'entourait. Je passais la main dans ma poche, et sortis la bague, à l'aspect si pur, tout comme l'Amour que j'éprouvais. Je ne dis mot. J'en étais incapable. Mais elle vit mes yeux, elle perçut le sentiment passionné qui était né en moi, et toute parole aurait été bien faible à côté de ce que nos regards se disaient. A mon tour, je vis la passion dévorante qu'elle avait conçue pour moi, et nos cœurs s'exaltèrent ensemble dans une première union fulgurante. Elle prit la bague, la passa à son doigt, et sourit.


    Je ne saurais exprimer avec des mots compréhensibles la sensation qui s'empara alors de moi. J'étais accompli. Cette impression d'aboutissement est très étrange, car notre état par nature envieux et insatiable est enfin satisfait, et je n'étais pas habitué à voir mes appétits aussi pleinement comblés. Nous étions heureux, tout simplement, dans le sens le plus pur et le plus simple de ce mot.
    Mais ceci ne devait pas durer. J'appris à mes dépends combien les paroles du vieil homme étaient empreintes de vérité. Profitez. Profitez à outrance. Avec excès. Car un jour ou l'autre, quelqu'un vous reprendra ce qui vous est cher. La décadence commença de manière presque insignifiante. Une vilaine toux qu'elle avait attrapée, un jour particulièrement froid d'Avril. Mais bien vite, la maladie empira, gagna tout son corps, et finit même par atteindre son esprit. Elle délirait la journée durant, se mettait à proférer des atrocités contre moi, contre les hommes, contre la création toute entière. Son visage perdit peu à peu de son éclat, et devint cireux comme celui d'une morte. Ses cheveux se mirent à tomber, un à un au début, puis par poignées entières, découvrant la peau blafarde et livide de son crâne. Son corps entier se flétrit rapidement, comme une rose qui n'aurait pas reçu sa part d'eau... Des rides profondes lacérèrent son visage, comme si elle vieillissait de plusieurs années en seulement quelques semaines. Le fait le plus particulièrement terrifiant, c'est qu'elle semblait réellement vieillir à une vitesse folle, comme une bougie qui se consumerait par ses deux extrémités. Son esprit se mettait à divaguer, l'Oubli guettait, et parfois s'emparait de tout un pan de sa mémoire, qui s'écroulait sans même avoir tremblé, sans prévenir. Elle grelottait à toute heure du jour, sans aucune raison, et malgré la chaleur torride de l'été. En quelques mois, j'avais une vieille femme aigrie et insupportable en face de moi. Parfois, elle me prenait la main et me disait, les yeux emplis de terreur, semblables à ceux d'un animal traqué :

    « C'est la bague ! Elle me ronge ! Elle me brûle ! Elle me vole ! Enlève-là, je t'en supplie, enlève-là avant qu'elle ne me prenne ce qui me reste de vie ! »

    La pauvre. Tout comme la peste met à bas même les géants les plus solides, la folie avait totalement ravagé son esprit, pourtant si rationnel. J'étais un spectateur impuissant qui assistait à la lente agonie de son seul amour. Elle délirait de plus en plus souvent. À présent, elle ne cessait de répéter que la bague la volait, la brûlait, la consumait de l'intérieur. Elle me suppliait de l'aider à l'ôter. J'en eus finalement assez. Sa maladie la rendait exécrable, et je me haïssais de la détester ainsi. J'hésitais à l'abandonner, seule avec sa haine et sa colère. La moindre étincelle de lucidité avait disparu de son regard, pour laisser place à une lueur enflammée, folle, bestiale. Je tentais finalement de lui ôter la bague, espérant par là même faire taire ses incessantes et grotesques jérémiades. Lorsque je m'en emparais, l'anneau était étonnamment chaud, bien plus que la température du corps. J'attribuais cela à la récente fièvre qui l'avait prise quelques jours plus tôt, et qui devait encore sommeiller dans son corps. Mais j'eu beau faire appel à toutes les ruses sournoises d'amant infidèle pour ôter cet anneau maudit, il restait obstinément immobile, et semblait s'amuser de tous mes vains efforts, luisant faiblement dans la demi-obscurité de la chambre.
    Finalement elle mourut, un splendide jour d'Octobre, alors que les arbres incendiaient le paysage de leur couleurs flamboyantes. Elle agonisa d'une façon abjecte, dans la décrépitude et la souillure la plus totale, incapable de se mouvoir par elle-même, totalement impotente. La honte et la haine étreignent mon cœur à cette idée, mais au plus profond de moi-même, j'étais soulagé que ce poids allège enfin mes épaules. Je ne sais pas combien de temps j'aurai pu encore la supporter. Très peu, probablement. L'idée d'abréger ses souffrances me traversait de plus en plus souvent l'esprit, et j'aurais sûrement fini par m'exécuter si elle avait trop tardée...
    Elle mourut en face de la fenêtre où nous aimions nous reposer, avant sa terrible maladie. Je me souviens encore des longues discussions que nous avions, sur des sujets aussi variés qu'il existe de couleurs dans le monde. Nous pouvions parler des heures entières, en face de la ville endormie, animée seulement par quelques aboiements de chiens. Elle gisait là, dans ce fauteuil si confortable qu'elle adorait, un verre à la main. Elle était enfin calme, son visage était enfin apaisé, les spasmes qui l'agitaient constamment ayant été chassés à tout jamais par la main glacée de la mort. Elle était belle, immobile dans la lumière mourante du crépuscule, ses cheveux tendrement agités par une douce bise d'automne. Juste en dessous de sa main qui pendait mollement le long d'un des accoudoirs du fauteuil, la bague avait enfin quitté son doigt...


    Le prêtre qui dirige l'enterrement ressemble à un enfant. Il a le visage imberbe et la peau douce, aussi lumineuse que celle de ma bien-aimée avant que sa terrible malédiction ne la frappe. Ce prêtre me fait une drôle d'impression, car son apparence juvénile contredit formellement ce que l'on peut lire au fond de ses yeux. On y perçoit la même lumière que dans ceux des vieillards en fin de vie, quand ils disent connaître la profondeur de la souffrance humaine, du chagrin et de la mort. Des yeux de la même couleur que le ciel un jour d'orage. Des yeux gris.



Par Iris,
Le 29 Février 2009.

Photo :
The One Ring, par OrangeJuicer, sur DeviantArt.


    Je réalise seulement maintenant que cette nouvelle traînait dans mes tiroirs depuis un bon petit bout de temps (oui, février 2009, ça fait un sacré bon petit bout de temps, même). À l'orgine, j'avais écrit cette histoire pour un concourt, mais elle n'a malheureusement pas été retenue. À vrai dire, c'est tout à fait compréhensible. J'avais essayé de faire quelque chose de mystérieux, et la seule chose que je suis parvenu à faire, c'est à embrouiller le lecteur. Bien peu de mes "lecteurs tests" (ma famille, des amis proches) ont compris où je voulais en venir.

    Bonus ! Oui, je sais, je vous gâte trop. Mais bon, il faut bien que ceux qui me lisent jusqu'au bout (ce qui n'est généralement pas une mince affaire) aient une récompense pour leur ténacité ! Pour vous, et en exclusivité mondiale (je n'en ai jamais parlé à personne, à vrai dire) l'auteur vous présente... la signification du titre ! Si vous voulez laisser le mystère planer, ne lisez pas la suite, mais si au contraire vous voulez savoir ce que peuvent bien signifier ces deux mots latins, alors ceci est pour vous. Une traduction poétique de ces deux mots pourrait être « Bien trop belle ».

    Voilà, je me suis dit que ça pourrait être une bonne idée d'expliquer quelques parties de mes nouvelles sur ce blog, en même temps que je les publies. Mais le mystère continuera de planer sur d'autres aspects de mes textes, qui ne seront probablement jamais révélés...

    Amicalement.
    Votre serviteur.
Par A. Öz Aru - Publié dans : Nouvelles - Communauté : écrire c'est hurler en silence
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Mercredi 17 février 2010 3 17 /02 /Fév /2010 14:19
Version "soft".

Jason, comme presque tous les héros, est le fils d'un roi. Malheureusement, son père ne devait pas faire de vieux os sur le trône, et il fut trahit par son propre frère, qui s'empara du pouvoir. Craignant pour la survie de son fils, Éson, le père de Jason, envoya sont fils finir son éducation sous la férule de Chiron, le fameux centaure, sur le mont Pelion.
Une fois devenu adulte, Jason revint réclamer le royaume qui lui était dû à son oncle. Pélias craignait son neveu, car il voyait en lui l'accomplissement d'une prophétie qui lui ferait perdre le royaume ou la vie. Il accepta donc de lui remettre le royaume, en échange de la Toison d'Or, une peau de bélier gardée par un dragon féroce en Colchide.
Jason se mit donc en route, accompagné par de nombreux compagnons, sur l'Argos, un vaisseau apprêté pour l'occasion et qui donna son nom aux héros prenant part à l'expédition : les Argonautes. Après un voyage plutôt mouvementé, il parvint au rives de la Colchide, là où était gardé la Toison.
Le roi de la région, Éétès, ne souhaitait pas perdre la Toison, car elle apportait prospérité à son royaume. Aussi, il imposa des épreuves impossibles à Jason. Si celui ci parvenait à les accomplir, il lui céderait la Toison.
Aidé par Médée, la fille d'Éétès dotée de dons de magicienne, qui était tombé amoureuse de lui, Jason parvint à effectuer les travaux réclamés par le roi. Mais celui-ci refusa finalement d'honorer sa promesse.
Toujours grâce à Médée, Jason alla donc arracher de force la Toison des griffes de son gardien, un terrible dragon, et s'enfuit de Colchide.
Pendant leur fuite, pour ralentir leurs poursuivants, Médée tua son propre frère, et le découpa en morceaux, avant de jeter sa dépouille par dessus bord. Un fois arrivés à bon port, Médée, par un habile stratagème, dupa les filles de Pélias qui malgré elles tuèrent leur père.
Ce crime atroce horrifia tout le monde, humains comme dieux, et Médée et Jason furent forcés de s'exiler à la cour du roi Créon. Celui-ci proposa la main de sa fille Glaucé à Jason, qui accepta, répudiant Médée. La magicienne entra dans une rage folle, et tua Créon, la promise de Jason, et ses propres enfants. Puis elle s'enfuit.
Jason se serait soit suicidé devant ce désastre, soit il aurait été tué par la proue même de l'Argos, alors qu'il sommeillait en dessous.


Version "hard".

La famille d'un héros.
Fils d'Éson, roi d'Iolcos  en Thessalie, un des descendants d'Éole. Le nom de sa mère peut varier selon les sources. Celon certains, il s'agirait d'Alcimédé, fille de Phylacos, et selon d'autres, de Polymélé, fille d'Autolycos, ce qui ferait de Jason un cousin d'Ulysse.

Une trahison fraternelle.

Pélias détrône son frère, Éson, père de Jason. Il apprit alors de la bouche d'un oracle qu'il serait un jour châtié de son usurpation par un descendant d'Éole qui porterait une seule sandale.

Une enfance (presque) paisible.
Son père, craignant que Pélias ne tue son fils, décida d'envoyer Jason sur le mont Pelion, et le confia aux soins du centaure Chiron. Il célébra aussi de fausses funérailles afin de faire croire à tous que son fils était bel et bien mort.
Devenu adulte, Jason revint à Iocolos, afin de réclamer le trône qui lui est dû. En chemin, il rencontra Héra, travestie en veille femme, qui lui demanda de l'aider à traverser un cours d'eau. Dans la manœuvre, Jason perdit une sandale, et c'est ainsi qu'il arriva à la ville d'Ioclos, gouvernée par son oncle félon.

Une simple mission.
L'usurpateur avait eu vent de la venue d'un étranger chaussé d'une seule sandale dans sa ville, qui cherchait à le rencontrer, et s'était souvenu de la prophétie de l'oracle. Ne souhaitant pas mourir, même pour un trône, il fit arrangea un accord avec le jeune Jason : il lui remettrai le royaume qui était sien, et en échange, il devait lui apporter la Toison d'Or. Celle-ci était la laine du bélier ailé sur lequel Phrixos et Hellé avaient fui leur belle mère Ino, et avaient rejoint la Colchide. Une fois arrivé à bon port, Phrixos immola le bélier à la gloire de Zeus, et la Toison fut alors confiée à la garde d'un dragon (ou dans d'autres versions, par un serpent qui ne sommeillait jamais), au fond du bois d'Ares.

Les héros font leurs valises. 
Dans un premier temps, la mission sembla impossible à Jason. Mais après avoir entendu l'avis favorable de l'Oracle de Delphes, il décida de se mettre en route. Il organisa alors la fameuse expédition des Argonautes, du nom du navire qu'il fit construire pour transporter ses 56 compagnons, l'Argo (« le rapide »). La figure de proue du navire provenait d'une branche du chêne sacré de Zeus offerte par Athéna qui l'avait douée de parole. 54 des jeunes héros qui avaient embarqué avec lui ramaient, tandis qu'Orphée, assis à l'avant, chantait, et Tiphys, pilotait à l'arrière.

Une traversée mouvementée.
Pendant leur voyage, ils firent plusieurs escales. Ils s'arrêtèrent tout d'abord à Lemnos, une île où les femmes dégageaient une odeur nauséabonde, punies par Aphrodite de négliger son culte. Les femmes de cette endroit, abandonnées par leurs maris, avaient fini par tuer tous les hommes. Jason sera accueilli par la reine Hypsipylé, et Aphrodite leva sa malédiction, sur le conseil d'Héphaïstos. Les Argonautes séjournèrent une année sur l'île, et deux enfants naquirent de l'union de Jason à la reine. Il firent une autre escale à Arctonnésos, où ils furent attaqués par des des géants à dix bras sortis de terre, les Gégéneis. Mais protégés par Héraclès, ils ne risquaient pas grand chose. Ils affrontèrent aussi Amycos, roi des Bébryces, qui fut défait par Pollux, en combat singulier. Enfin, à  Salmydessos, le roi Phinée, aveugle, leur prédit l'avenir, en échange de leur aide pour se débarrasser des harpies qui dévastaient son territoire, punition infligée par Zeus pour avoir découvert des secrets à propos de la race humaine.

L'arrivée en Colchide.
En approchant de la Colchide, ils longèrent la côte de l'île d'Aria, et furent attaqué par des oiseaux qui attaquaient les étrangers à l'aide de leurs plumes, dont l'extrémité était aussi acéré qu'une flèche. Après cette épreuve, ils remontèrent le fleuve Phase, jusqu'à la capitale, Aea. Il informa le roi Éétès que le seul objet de son voyage était la toison d'or. Mais celui ci, ayant été prévenu par un oracle qu'il cesserait de régner ou bien serait tué si la Toison venait à quitter le bois d'Arès, imposa à Jason des épreuves surhumaines.

Travaux des champs : le niveau héroïque.

Pour gagner la Toison, celui-ci devrait atteler deux taureaux aux aux sabots d'airain et crachant du feu par leurs naseaux, puis labourer un champ et y semer les dents du dragon de Cadmos, desquelles germent des guerriers qu'il devra affronter, et défaire. Médée, la fille même d'Éétès, peut-être sous l'influence d'Héra ou d'Aphrodite, était tombée amoureuse de Jason, et lui fournit un baume protecteur qui lui permit de triompher de l'épreuve.

Mauvaise foi d'un roi.

Mais Éétès n'avait jamais eu l'intention de céder la Toison d'Or à Jason, et pensait que jamais celui-ci ne sortirai vivant de l'épreuve qu'il lui avait imposé. Médée, mise au courant de cette trahison, décida d'avertir Jason (qui l'avait demandé en mariage). Elle le conduira au bois d'Arès, là où le dragon gardait la Toison d'Or, qu'elle endormit grâce à ses talents de magicienne. Jason put alors s'emparer de la Toison d'Or, avant de s'enfuir vers Iolcos.


jason.jpgJason et le dragon, d'après Salvator Rosa.


Pas de chance Apsyrtos !
Plusieurs versions existent de cette fuite. Selon certains, Médée aurait tué son propre frère, Apsyrtos, puis l'aurait découpé en morceaux avant de les balancer par dessus bord. Éétès, perdant du temps à vouloir récupérer les restes de son fils, ne put rattraper l'avance des Argonautes. D'autres prétendent que Apsyrtos, envoyé à la poursuite de Jason, fut tué par Médée alors qu'il tentait de négocier le retour de sa sœur contre la Toison, qu'il acceptait de céder à Jason.

Un retour (presque) paisible.
Pendant le voyage du retour, ils affrontèrent le géant Talos, qui chaque jour, faisait trois fois le tour de l'île de Crète, et coulait tous les bateaux qui osaient s'approcher en leur envoyant des blocs de pierres monstrueux. Médée retira le clou planté dans le talon du géant, qui fermait son unique veine, et celui-ci se vida alors de son sang.

Un festin royal.
Enfin, ils arrivèrent à Iolcos, où ils remirent la Toison d'Or à Pélias. Il semblerait que Pélias n'en n'était plus à une félonie près, et refusa d'honorer sa promesse en rendant le trône d'Ioclos (manque de sources).
Certains prétendent que Médée aurait rajeunit le père de Jason, soit en lui faisant avaler une décoction à base d'herbes magiques, soit en le faisant bouillir dans un chaudron. Devant ce miracle, les filles de Pélias la prièrent de rajeunir aussi leur père. Pour leur montrer comment faire, Médée découpa un bélier en morceau, puis le fit cuire dans une chaudière bouillante, dont elle ressorti un agneau. La magie avait fonctionné. Ravie, les filles de Pélias firent de même avec leur père, mais les herbes que Médée leur avait fournie étaient sans effets, et les filles causèrent bien malgré elles la mort de leur père.
Mais ce crime barbare horrifia les dieux, qui abandonnèrent Jason et Médée, obligés de s'exiler à Corinthe, à la cour du roi Créon, où ils vécurent pendant 10 ans (durée incertaine, sujette à cautions). Pendant cette période, ils auront plusieurs enfants.

Le début de la fin...

Créon offrit un jour la main de sa fille, Glaucé, à Jason. Médée, en effet, ne pouvait être la femme légitime de son amant, car elle n'était pas grecque. Jason répudia donc Médée, et épousa Glaucé (ou Créuse, selon les versions). Médée, quand à elle, fut bannie de Corinthe. Sa vengence cruelle fut chantée dans de nombreux poèmes : elle envoya à sa rivale une robe de mariée, qui brûlera vive sa rivale, ainsi que le roi de Créon, qui tentait de sauver sa fille des flammes. Puis, elle tuera de ses propres mains le fruit de son amour avec Jason, ses enfants.


http://www.galerie62.fr/204-1/Me__de__e.jpgMédée et ses enfants, par Eugène.


… et la fin de la fin.
Jason, quand à lui, termina sa vie de héros tragiquement. Pour certains, il se suicida à l'annonce de la mort de ses enfants, pour d'autres, il périt écrasé par la figure de proue même de son vaisseau, l'Argos.



Sources :
Jason sur Wikipédia
La Toison d'Or sur Wikipédia
Jason sur Hisoire-fr
Jason sur Insécula
Médée, Sénèque, sur Remacle.
Médée sur Le Point de Suspension.


Bonus !
Pour ceux qui auront eu le courage de lire (jusqu'au bout et pas en diagonale !) ce billet monstrueux sur une légende oublié qui n'intéresse presque personne, à part quelques huluberlus vivant dans des bibliothèques poussiéreuses, voici un petit quelque chose d'au moins aussi précieux que la toison d'or : une version réalisée par mes soins d'un extrait du texte latin de Sénèque, Médée.


(...) Quod scelus miseri luent
Scelus est Iason genitor et maius scelus
Medea mater - occidant, non sunt mei;
Pereant, mei sunt. crimine et culpa carent,
Sunt innocentes: fateor, et frater fuit.
Pourquoi ces malheureux enfants subiraient ce crime ?
Leur seul crime est d'avoir Jason pour père, et leur faute pire encore
D'avoir Médée pour mère. Qu'ils meurent, puisqu'ils ne sont pas miens ;
Qu'ils périssent, puis qu'ils sont miens. Ils sont exempts de tout crime et de toute faute
Ils sont innocents, je le dit, tout comme mon frère l'était.

Par A. Öz Aru - Publié dans : Mythes & Légendes - Communauté : Contes et Légendes
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